Mennour est heureux de présenter un face à face inédit entre deux artistes : l’un historique, Jean Degottex (1918-1988, France), l’autre contemporain, Sidival Fila (né en 1962, Brésil).
Au tournant des années 1980, Jean Degottex entame l’une des phases les plus épurées de son œuvre. Après l’intensité gestuelle des décennies précédentes, sa peinture semble entrer dans un nouveau régime de méditation. Le geste s’efface, le signe se retire, la surface devient le support de traces, d’empreintes, de rayures comme si l’artiste tentait désormais d’atteindre une zone où ne subsiste que la tension de la toile. Son intérêt pour la philosophie extrême-orientale, le vide zen, le souffle (qi) a façonné une pensée où la peinture se retire peu à peu. C’est l’aboutissement d’un lent processus au cours duquel l’artiste vise une réduction fondamentale. La toile devient un champ où le geste pictural intervient uniquement à son point d’équilibre : assez pour produire une vibration, mais pas assez pour s’imposer comme un motif. Le signe se dissout dans une rythmique qui oscille entre tension et effacement. Ce dépouillement rend visible un mouvement intérieur : la peinture est désormais pensée comme un champ d’énergies.
Le travail engagé par Sidival Fila, depuis plusieurs décennies, semble s’inscrire dans le sillage de Jean Degottex, à qui l’artiste rend ici hommage avec une série d’œuvres conçue en échos. Vibrantes de spiritualité, les recherches de Sidival Fila font montre d’une attention extrême portée au frémissement des matières. Ce dernier, comme Jean Degottex, travaille à partir du matériau le plus simple, le plus nu, pour en révéler la force latente. Chez Sidival Fila, des étoffes anciennes, des toiles brutes, des draps ordinaires ou encore des doublures de vêtements liturgiques sont transformés par un méticuleux travail de couture, de mise en tension et d’incision. Sidival Fila ne peint pas : il sculpte la surface. Le fil, la suture, le resserrement deviennent les vecteurs d’une énergie qui n’est jamais démonstrative. Les surfaces cousues, entrouvertes ou stratifiées jouent des écarts minimes, tracent des zones de plis et de contacts, entre ombre et lumière.
La proximité entre Jean Degottex et Sidival Fila tient à une expérience commune de méditation entendue comme un phénomène plastique. L’un comme l’autre tendent par leur pratique à un art minimaliste. Jean Degottex disait que le vide n’est jamais vide, mais « le lieu où quelque chose peut advenir ». Sidival Fila, depuis son atelier au sein du Couvent des Frères franciscains sur la colline du Palatin surplombant le colisée de Rome, retrouve cette dynamique du vide actif. Le textile n’est pas un support inerte : il est mémoire, tension, surface vibratoire.
(Texte par Christian Alandete & Emma-Charlotte Gobry-Laurencin)
















![Fazil Mousavi, نزاکتہایی کہسار [The delicate subtleties of the mountains], 2026. Avec l'aimable autorisation de la Galerie Eric Mouchet](http://media.meer.com/attachments/38e07ca47a71dc548939d50cf242e62c18c05c5c/store/fill/330/330/e0e5182ea7b2672fc60a97d6261539b7cbc4320d87266b5303e5700b6d4c/Fazil-Mousavi-nzkhthyy-khhsr-The-delicate-subtleties-of-the-mountains-2026-Avec-laimable.jpg)