Un centième de seconde par ci, un centième de seconde par là mis bout à bout, cela ne fait jamais qu’une, deux, trois secondes chipées à l’éternité…

Observer la vie avec une patience de pêcheur à la ligne. Laisser en permanence la porte ouverte à l’inattendu. S’arrêter impérativement lorsqu’on vous demande de circuler là où il n’y a rien à voir. Regarder avec un intérêt égal les puissants et les misérables. Ne pas détourner l’objectif face au malheur, au dénuement, au pire, mais garder un regard solidaire, complice, savoir lire chez chacun le courage, la dignité, la grâce parfois. Accumuler les moments de rencontres, de partage, provoquer le sourire, le rire parfois qui console de tout. C’est en pensant à tout cela - fil conducteur d’un des photographes les plus célèbres du siècle passé et trop souvent simplifié - que nous avons composé cette exposition.

Nous avons choisi quelque 400 photographies dans une collection qui en compte plus de 450.000.

Vaste projet aussi qui tend à partager avec vous une philosophie de la vie, des choix de comportement, la liberté d’un regard, plus qu’une accumulation d’anecdotes.

De l’enfance des années 30 à 50 qui ouvre cette promenade photographique en compagnie de Robert Doisneau, nous vous proposons de le suivre là où sa vie de photographe trouve ensuite ses principaux points d’ancrage : auprès des peintres dans leurs ateliers, des écrivains souvent complices, de la banlieue où tout commence dans la grisaille de sa jeunesse pour devenir, dans les années 80, un espace de solitude repeint aux couleurs factices de l’espérance, en passant par la vie d’usine chez Renault où il se découvre, dès 1934, une conscience politique auprès des « mouilleurs de chemise » dont il regardera désormais le parcours et les combats avec une gravité fraternelle. Petit détour par le luxe, la mode et les mondanités dans la parenthèse des Années Vogue mais aussi par son atelier personnel où il ne cessera de mettre au point d’astucieux « bricolages photographiques » ne s’interdisant aucune fantaisie pour contourner les commandes industrielles ou publicitaires qui ne l’amusaient guère et lui rappelaient que la vie est avant tout matérielle. « Du métier à l’œuvre » dira plus tard si justement l’historien d’art Jean-François Chevrier…

Nous vous proposons de vous raconter l’aventure d’une vie modeste rendue passionnante par l’omniprésence de l’appareil photo qu’il ne quittait jamais. Un appareil photo qui lui permit de pousser toutes les portes et d’avoir la liberté de raconter à sa manière une réalité teintée de fiction.