Pour cette cinquième édition de Tête à tête, Alzueta Gallery Paris réunit, du 17 septembre au 11 octobre 2025, les toiles d’Aythamy Armas et les sculptures en bambou de Laurent Martin "Lo".

La ligne en est le fil conducteur. Elle fonde le dessin, trace l’écriture, ouvre la forme. Mais chez Aythamy Armas et Laurent Martin "Lo", elle s’affranchit de ce rôle initial pour devenir un aboutissement : une fracture qui révèle la profondeur d’un espace et sa texture. En faisant de l’espace un acteur à part entière, ils le transforment en matière palpable. À partir de la ligne, les deux artistes engagent une recherche autour de l’équilibre - équilibre des formes, des tensions, des creux - où se joue l’harmonie de la composition. De leurs gestes naissent des arabesques légères, suspendues dans un alignement fragile mais serein. Leur œuvre témoigne d’une quête insatiable du parfait équilibre, du seul point de tension où cohabite autant de force que de délicatesse.

Chez Aythamy Armas, cette réflexion sur la notion d’équilibre se transpose dans la matière picturale. Ses toiles naissent d’un cheminement lent, intérieur, où la composition devient une structure rythmique, presque musicale. Armas sculpte la toile comme un espace en trois dimensions : les jeux d’épaisseur sur la ligne, l’intensité du trait, sont autant d'illusions d’une surface qui n’est pas plane. Le vide n’est est pas un, et devient un acteur essentiel, un lieu de passage et de circulation. Pour Armas, la peinture n’est pas un moyen de représenter, mais une fin en soi, un langage autonome qui, par le geste, les traits et leurs variations, ouvre des espaces dans lesquels exister. Ses toiles se parcourent, comme des paysages intérieurs. Le flottement, ce dialogue du trait, du rythme et du geste, résonne avec les sculptures aériennes de Laurent Martin "Lo".

Formé aux arts décoratifs à Paris et ancien directeur de création, Laurent Martin “Lo” a tout quitté pour suivre une intuition : celle du bambou. Ce matériau, qu’il découvre lors d’un voyage en Asie, devient alors une obsession. Depuis plus de quinze ans, "Lo" voyage entre l’Inde, l’Indonésie, le Costa Rica et le Vietnam à la recherche de ses vertus, de ses usages, de sa sagesse. De ces pérégrinations naît une œuvre nourrie par l’expérience directe du végétal, par le geste artisanal autant que par une profonde écoute du matériau. Suspendues dans l’espace, les sculptures de Lo tracent des lignes en apesanteur. Chaque tension, chaque contrepoids, chaque courbe sont pensés comme un point d’équilibre. Dans cette fragilité se déploie une poésie visuelle faite d’oscillations et de silences. En dialoguant ainsi avec l’air, la lumière, les ombres, le bambou incarne la nature profonde du mouvement.

Ensemble, les sculptures et les toiles dessinent un espace partagé, à traverser. Dans l’espace de la galerie, les œuvres ne se répondent pas frontalement. Elles cohabitent, chacune affirmant son langage, tout en ouvrant une zone de rencontre où se joue l’harmonie des contraires : le noir et le blanc, la force et la souplesse, les pleins et les creux. Entre sculptures et peintures s’installe ainsi un dialogue clair : celui d’une recherche commune autour de l’équilibre, qui trouve dans ce face-à-face sa pleine expression.