The home I have never had est la quatrième exposition personnelle d’Amoako Boafo chez Mariane Ibrahim. Pensée comme un intérieur habité, elle réunit des peintures récentes, dont certaines intègrent la broderie, ainsi que des œuvres plus anciennes datant de 2016. Loin de suivre un parcours chronologique, l’exposition s’organise autour des liens qui unissent les personnes représentées : amis, confidents et l’artiste lui-même. Ensemble, ces portraits dessinent les contours d’une famille choisie, où l’affection et le sentiment d’appartenance constituent les fondements du foyer que Boafo imagine.

Au fil des années, l’artiste a développé un langage pictural aussi singulier qu’expressif. Sur des fonds traités en larges aplats de couleurs franches, la peau fait l’objet d’un travail de la matière beaucoup plus physique. Dans ses œuvres les plus récentes, cette approche tactile se prolonge dans la broderie, intégrée directement à la toile pour évoquer les dentelles finement ouvragées des robes de mariée. La précision du travail à l’aiguille vient ainsi dialoguer avec la spontanéité du geste pictural, donnant une place nouvelle au savoir-faire artisanal dans sa peinture.

Ce langage s’est progressivement déployé au-delà de la toile. Bois sombre, textiles, papiers à motifs et mobilier prolongent désormais l’univers des personnages dans l’espace qui les entoure. Avec The home I have never had, cette évolution prend une dimension architecturale : la galerie se métamorphose en un intérieur accueillant, chaleureux, empreint d’émotion, qui ne cherche pas à reproduire la maison de l’artiste, mais à donner corps à un foyer rêvé. Le titre recèle ainsi un paradoxe : ce foyer que Boafo n’a jamais eu, il peut pourtant le créer et l’emporter avec lui. Un lieu à soi, mais dont la porte reste ouverte aux autres.

Dans la salle principale, deux couples de jeunes mariés, une mariée et un groupe d’amis semblent réunis pour une même célébration. Dans The couple I et The couple II, les couples se détachent sur des fonds verts, tandis que White suits rassemble cinq personnages vêtus de blanc. Ce vert récurrent suggère la présence d’un jardin, lieu de rencontre et de convivialité où les amis se retrouvent.

À l’étage, on quitte symboliquement cet espace partagé pour pénétrer dans la chambre. À l’effervescence de la réunion succède une intimité plus feutrée. Dans Self portrait, Boafo se représente allongé sur un lit ; dans Self portrait at peace, il disparaît presque sous des draps à motifs. Mais la chambre n’est pas seulement un lieu où se retirer du monde : elle est aussi un refuge depuis lequel l’artiste observe ce qui l’entoure. Les corps alanguis et les portraits de femmes y insufflent unesensualité discrète, faisant de cet espace un lieu où se mêlent contemplation et désir. Boafo y est tout autant celui qui regarde que celui qui s’expose au regard, nous laissant entrevoir son univers intime tout en nous observant à son tour, en silence.

L’autoportrait occupe depuis longtemps une place essentielle dans son travail. Revenant sur son arrivée à Vienne, Boafo raconte avoir commencé à se représenter plus souvent, convaincu qu’il lui fallait d’abord apprendre à se connaître pour avoir quelque chose à offrir aux autres. Mais cette quête de soi ne s’arrête pas à sa propre image : « Quand je pense aux autres personnages, je me dis : “Cela pourrait être moi.” » C’est peut-être là que se trouve l’une des clés de The home I have never had. Pour Boafo, le foyer ne se définit pas par ce que l’on possède, mais par les liens qui nous unissent : cette capacité à se reconnaître dans les autres et à construire, ensemble, un lieu où l’on se sente chez soi.