Il y a un endroit où je vis et où je travaille, mais ce n’est pas seulement un endroit.
Depuis 2011, ma vie s’appuie sur une région montagneuse du sud de l’Espagne. La terre y est aride : amandiers, oliviers, sol sec, vent qui balaie les espaces ouverts. Il ne reste plus grand monde. Ce qui demeure, c’est une présence silencieuse, quelque chose qui ne se réduit pas à un simple paysage.
La Sierra Nevada se profile au loin, avec le Mulhacén qui porte souvent encore de la neige alors que tout en dessous est dénudé. Cela donne une idée d’échelle, d’un temps au-delà du mesurable. Ici, les cycles ne sont pas abstraits. Ils traversent le corps.
La lumière est vive. La luminosité de la Méditerranée révèle et efface à la fois. Les couleurs ne sont jamais figées. Elles scintillent, s’estompent, reviennent. Ce qui devient visible est toujours en devenir.
Je ne travaille pas sur ce paysage. J’y travaille.
La marche fait partie de la pratique. Le retour fait partie de la pratique.
L’attente fait partie de la pratique. De petites choses sont rassemblées — des éléments, des tons, des traces. Non
pas comme des objets, mais comme les porteurs d’une certaine charge.
Dans l’atelier, elles ne sont pas représentées. Elles sont libérées.
La peinture devient un lieu où la présence est portée. Des formes apparaissent, mais elles ne m’appartiennent pas.
Elles surgissent, persistent un instant, puis se dissolvent à nouveau dans le champ d’où elles sont issues.
Entre figuration et abstraction s’opère une forme silencieuse d’alchimie.
L'œuvre évolue à travers des couches : recouvrir, dévoiler, dissimuler. Chaque surface porte en elle un souvenir fragile de ce qui se cache en dessous. Ce qui est visible n'en est qu'une fraction.
Un échange s'opère.
Entre présence et absence.
Entre le visible et le ressenti.
Dans mes œuvres textiles, je m’accorde à quelque chose qui ne se nomme pas, mais qui se ressent : l’énergie qui s’échange entre le corps et le champ.
From the field n’est pas une description.
C’est une position existentielle.
L’œuvre ne représente pas le champ.
Elle s’en déploie.
(Texte par Sarah Pilllen)













