Ces images sont des gestes avec lesquels je marche depuis longtemps. Je les porte en moi comme de petits paquets d’histoires, des fragments de mémoire qui refont surface et témoignent de moments où « j’étais », tout simplement. Aujourd’hui coupés du flux de la vie réelle, ces instants ont pris une forme et une intensité nouvelles : ils sont devenus de petits êtres autonomes, menant une existence silencieuse, déconnectée du reste du monde. Chaque photographie est une invitation, un appel à s’asseoir pour regarder de plus près. Ici, il n’y a ni début, ni fin ; mais si l’on accepte de méditer au cœur de l’instant, on peut y rencontrer l’étincelle, cette vibration unique que chaque image transporte.

À l'occasion de sa neuvième exposition individuelle chez Rossicontemporary, Lore Stessel poursuit son exploration singulière de la relation entre le corps et son environnement. À travers des tirages à l'émulsion photographique sur toile, elle transforme l'instant en une matière vibrante et tactile, située à la frontière subtile entre photographie et peinture. Ses œuvres invitent le spectateur dans un univers de fluidité où les silhouettes semblent émerger de la texture même du support, faisant écho à des sensations aussi universelles que profondément personnelles.

Entre le bercement de la mer, la caresse du soleil ou les nœuds indomptables dans les cheveux que le vent a formés, l'artiste saisit la poésie de l'infime : un bras qui se lève, un regard frontal, ou ce « pas de deux » où les corps touchent à l'harmonie. Dans cette seconde de grâce, alors que le soleil décline, Lore Stessel capture l'essence d'une humanité qui, comme le suggère le titre, semble véritablement pétrie de la même étoffe que les songes.

L’exposition se déploie en trois salles conçues comme autant de respirations et de territoires émotionnels. Ce parcours est notamment le fruit de deux années de résidence au Pays basque, où Lore fut artiste associée à l’Azkuna Zentroa Alhondiga de Bilbao. Elle y livre le récit d’une rencontre intense entre des danseurs contemporains et leur terre : là où les rochers pointus se jettent dans la mer, les corps absorbent cette énergie brute pour mieux l'humaniser. Il en résulte une danse de contrastes entre la fluidité du mouvement et la rudesse du paysage, le tout rythmé par le son immuable des vagues.

L’artiste tient à exprimer sa gratitude aux danseurs présents dans ces images : Pilar Andrès, Koldo Arostegui, Frank Gizycki, Gorka Gurrutxaga Arruti, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Oihana Vesga, Helena Wilhelmsson.