Julia Cottin présente une série de dessins inspirés par l’architecture scolaire en France après 1945.

Le thème de l’éducation est central dans cette proposition. En tant que processus social de mise en conformité des individus, et en tant qu’artiste et enseignante il l’intéresse au plus haut point. Afin de l’appréhender, Cottin se penche sur les lieux dans lesquels ce processus va s’incarner. Elle s’intéressée particulièrement à l’architecture scolaire d’après guerre et donc de l’architecture modulaire et préfabriquée puisque nous en sommes les héritiers directs. Sur la base d’images d’archives issues de différentes sources (internet, documentation spécia- lisée, etc) elle réalise des dessins dont la matière légère (encre de Chine et pigments mélangés à l’eau) vient en opposition au sujet et aux formes massives des bâtiments qui occupent la totalité de l’espace de la feuille, comme s’il s’agissait de portraits. Sur certains dessins, elle introduis parfois des zones manquantes, des trous, des cercles — des absences dans la mémoire. Ces vides représentent ce que la mémoire ne peut pas toujours restituer, les zones d’ombre ou de silence. Les dessins d’études sont pour Julia Cottin une manière de m’approprier ces formes architecturales pour mieux en détourner le sens.

Le détournement ainsi pratiqué sert son regard critique sur la standardisation de l’architecture et son expression politique, tout en interrogeant : Qu’est-ce qui nous pré-fabrique ? Comment les murs de l’école, les plans des bâtiments, les logiques de construction influencent-ils notre manière d’apprendre, de penser, d’être ensemble ?

À partir des années 1950, la massification de la scolarisation en Occident impose une construction rapide et standardisée des établissements scolaires. En France, entre 1966 et 1975, 3 500 collèges sont construits, souvent selon des Programmes Techniques de Construction (PTC) centralisés. Cette standardisation, bien que nécessaire, a parfois conduit à une pauvreté architecturale, reflétant une vision utilitariste de l’éducation. En quoi ces espaces, conçus pour éduquer, façonnent-ils aussi nos mémoires et nos libertés ? Aujourd’hui, ces bâtiments, souvent encore en usage, posent la question de leur adaptation aux enjeux éducatifs actuels.

La standardisation n’est pas neutre : elle porte en elle une vision de l’humain et de son éducation.

(Extrait des archives de l’Institut national de recherche pédagogique [INRP], 1972)

Faire le mur est une expression française qui signifie littéralement « faire le mur », mais qui désigne au sens figuré le fait de s'enfuir, de s'échapper (souvent d'un établissement tel qu'un internat, une école ou même une prison) ou de partir « en cachette », comparable à « se tirer » en néerlandais.