Lousine Terteryan

Si le prénom d’une personne devait être choisi en fonction de son caractère, le mien serait sans doute « Pourquoi ». Ce mot, simple et redoutable, a toujours été le moteur de ma vie. Il m’a poussée à interroger le monde, à chercher ce qui se cache derrière les évidences, à remonter les fils de l’histoire jusqu’à leurs origines les plus lointaines. Mais mes parents, eux, ne pouvaient pas deviner que la curiosité deviendrait la colonne vertébrale de mon existence. Ils ont simplement voulu honorer ma grand-mère en me donnant son prénom : Lousine, un prénom arménien qui signifie « fille de la Lune ». Un nom qui, avec le recul, me ressemble peut-être plus que je ne l’aurais imaginé. Car la lune éclaire doucement, observe en silence, veille sur les histoires humaines et inspire les rêveurs. Je me reconnais dans cette lumière-là.

Depuis l’enfance, j’ai toujours été attirée par ce qui précède, ce qui fonde, ce qui explique. Je me passionne pour l’histoire de l’univers, pour les civilisations disparues, pour les mots que nous prononçons sans penser à leur origine. Je peux passer des heures à me demander comment un objet banal — une chaise, une cuillère, une fenêtre — a traversé les siècles pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. En revanche, les petits mystères du voisinage ne m’ont jamais intéressée. Je n’ai jamais eu le goût des ragots ni des intrigues domestiques. Ma curiosité se tourne vers les idées, les récits, les cultures, les traces que les humains laissent derrière eux.

C’est cette curiosité, presque viscérale, qui m’a naturellement conduite vers le journalisme. À l’origine, je rêvais de devenir réalisatrice. Je voulais raconter des histoires en images, capter des regards, des gestes, des atmosphères. Mais un membre de ma famille, lui-même journaliste, m’a un jour lancé une phrase qui a changé le cours de ma vie : « Avec ton don de curiosité, ce serait presque un crime de ne pas devenir journaliste. » Cette remarque, à la fois simple et profonde, a résonné en moi comme une évidence. J’ai compris que le journalisme n’était pas seulement un métier : c’était une manière d’être au monde.

J’ai donc commencé très tôt. À 16 ans, j’étais déjà journaliste. Ma première interview fut celle de l’une de mes institutrices. Je me souviens encore de l’émotion étrange que j’ai ressentie : la sensation d’entrer dans la vie d’une personne par la porte de ses mots, de ses souvenirs, de ses convictions. Depuis ce jour, je n’ai jamais cessé d’écrire, d’interroger, de raconter.

Plus de trois décennies ont passé. J’ai publié plus de 1000 articles, en arménien et en français, dans la presse écrite et dans différents médias. J’ai travaillé en France, en Belgique et en Arménie, dans des radios, des journaux, des projets culturels. J’ai réalisé des interviews, des reportages, des émissions, des portraits, des analyses. J’ai rencontré des artistes, des chercheurs, des anonymes, des personnalités publiques. Chacun m’a appris quelque chose, parfois même sans le savoir.

Mon parcours m’a également menée vers des projets culturels internationaux. En Belgique, j’ai rejoint le comité d’honneur et d’expertise du projet Kadath, un espace de réflexion interculturelle où j’ai pu contribuer à des articles et des analyses sur la mythologie française et arménienne. Ce travail m’a permis de relier mes deux passions : le journalisme et les récits anciens.

Car au-delà du journalisme, il y a une autre force qui m’habite depuis toujours : l’imagination. On m’a souvent dit que j’avais une imagination débordante. Enfant, je vivais dans un monde parallèle, peuplé de personnages, de dialogues, de drames et de réconciliations. Je me souviens d’une anecdote qui résume bien cette période : un jour, j’ai reçu une nouvelle poupée. Je l’ai trouvée arrogante — oui, arrogante — et j’ai raconté à tout le monde qu’elle ne s’entendait pas avec mes anciennes poupées. En réalité, je l’avais simplement jetée par la fenêtre pour son comportement « inacceptable ». Cette histoire, qui fait sourire aujourd’hui, montre à quel point j’attribuais déjà une vie intérieure aux objets, aux jouets, aux récits que je construisais.

Cette imagination ne m’a jamais quittée. Elle s’est transformée, affinée, enrichie, mais elle est restée intacte. C’est elle qui m’a poussée à écrire des contes, des histoires pour enfants, des récits courts. Plusieurs de mes textes ont été publiés dans la presse arménienne pour la jeunesse, et j’ai également publié un livre pour enfants en français. Écrire pour les enfants est une expérience particulière : il faut être sincère, simple sans être simpliste, poétique sans être obscure. C’est un exercice qui me ramène à l’essentiel.

Depuis 2018, une nouvelle passion s’est ajoutée à mon univers : la mythologie comparée. Mon amour pour l’histoire ancienne m’a naturellement conduite vers les mythes, ces récits fondateurs qui traversent les siècles et continuent d’habiter nos imaginaires. J’étudie les mythologies arménienne, indo-européenne, proche-orientale, mais aussi les mythes plus lointains. Je cherche les correspondances, les symboles, les structures narratives, les archétypes. Cette discipline est devenue pour moi un espace de liberté intellectuelle, un lieu où se rencontrent la poésie, l’histoire, l’anthropologie et la philosophie.

Je travaille également dans la communication et la création de contenus culturels. Je développe des projets éditoriaux, des interviews, des reportages, des contenus multicanaux. Mon objectif reste toujours le même : raconter des histoires, transmettre des idées, créer des ponts entre les cultures. Je crois profondément que les récits sont des passerelles. Ils nous permettent de comprendre l’autre, de nous comprendre nous-mêmes, de relier ce qui semble éloigné.

Aujourd’hui, j’ai 48 ans, mais mon univers intérieur ressemble encore à celui du Petit Prince, mon personnage préféré depuis toujours. J’aime sa manière de regarder le monde : avec douceur, avec étonnement, avec une sagesse qui ne se prend pas au sérieux. Je me reconnais dans sa façon de poser des questions simples qui ouvrent des portes immenses. Je crois que grandir ne signifie pas renoncer à la poésie, ni à la curiosité, ni à la capacité de s’émerveiller.

Je suis une femme qui a vécu dans plusieurs pays, qui parle plusieurs langues, qui navigue entre cultures, entre récits, entre disciplines. Je suis une journaliste, une autrice, une exploratrice de mythes, une créatrice de contenus, une amoureuse des histoires. Je suis aussi une personne qui continue, jour après jour, à poser des questions, à chercher, à apprendre.

Si mon parcours, ma curiosité ou mon univers vous parlent, vous pouvez me retrouver sur mes réseaux professionnels. Je partage mes projets, mes réflexions, mes découvertes, mes écrits. Et peut-être, au détour d’un texte, d’une image ou d’un symbole, nos chemins se croiseront.

Articles par Lousine Terteryan

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