Du 6 juin au 4 janvier prochains, le musée du château des ducs de Wurtemberg de Montbéliard présente une importante exposition de Sarkis, intitulée Les pôles des aimants. L’artiste propose une rencontre entre les personnages illustres du Panthéon marquant l’Histoire de France, et des anonymes disparus depuis cent ans ayant construit l’histoire locale. Sur plus de 500 m2 plongés dans la pénombre, les noms des écrivains, scientifiques ou politiciens, transposés sous forme de signatures en néons bleus, éclairent, par leur intensité, une centaine de portraits photographiques de très grand format de Montbéliardais oubliés. Costumes, chaises, mobilier ancien, oiseaux, étranges tableaux et autres objets insolites des collections très variées des Musées de Montbéliard et que l’artiste s’approprie, théâtralisent cette mise en regard inédite sur des airs de musique mécanique.

En conviant aujourd’hui le Panthéon - et son histoire - à Montbéliard, Sarkis poursuit son projet développé en 2000 au coeur du monument historique parisien. Des néons-signatures des personnalités illustres apportaient alors une nouvelle respiration à la coupole. Il lui donne ainsi une seconde vie dans un tout nouveau cadre, celui d’un château. Pour cette première exposition personnelle à Montbéliard, résolument conçue sur mesure, l’artiste, tel un sismographe attentif à l’histoire des lieux ainsi qu’aux oeuvres et objets qu’il découvre, enregistre des histoires, confronte les archives, les mémoires personnelles et collectives, et les imbrique dans une volonté de re-création. Les noms de religieux, de résistants et autres grands hommes, transposés en néons bleus, mettent à leur tour en lumière tous ces Montbéliardais devenus anonymes avec le temps. Leur image, provenant de petites plaques de verre issues de la collection photographique du musée, apparaît soudain à l’échelle humaine, sur des affiches. La bande sonore qui berce de manière permanente l’exposition est issue d’une réinterprétation des boîtes à musique constituant l’une des collections de l’Hôtel Beurnier-Rossel, musée d’Art et d’Histoire, second musée et autre lieu de mémoire de la ville.

L’exposition est ponctuée de mises en éclairage sur certaines pièces choisies parmi ce vaste patrimoine qu’offrent les Musées de Montbéliard.

Vivant le jour comme la nuit, l’exposition, telle une respiration, insuffle la vie au château et à ses trésors, d’ici et d’ailleurs.

Dans une logique pluridisciplinaire, la musique et le cinéma participent souvent de la démarche créative de Sarkis. L’artiste entreprend ainsi une collaboration avec le Conservatoire de Montbéliard, sous la forme d’une création de partition élaborée à partir des sons des boîtes à musique entendus, diffusée dans l’espace de manière aléatoire! et interprétée lors de concerts ponctuels au sein de l’exposition.

D'autre part, un instant cinématogrphique, conçu avec le Cinéma d’art et d’essai le Colisée de Montbéliard, propose des films en écho à l’exposition, donnant la parole aux cinéastes de la disparition, de la mémoire et de la réincarnation tels qu’Ingmar Bergman et Apichatpong Weerasethakul. Un catalogue monographique consacré au projet, tel le reflet d’un programme de théâtre, sera édité à cette occasion par les Musées de Montbéliard. Sarkis, né en 1938 à Istanbul, vit et travaille à Paris depuis 1964. En 1967, il remporte le prix de peinture de la Biennale de Paris. En 1969, il est invité par le critique Harald Szeemann à participer à l’exposition Quand les attitudes deviennent formes, à la Kunsthalle de Berne. La transmission et l’enseignement sont également au coeur de ses préoccupations. De 1980 à 1990, il dirige le département Art de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et de 1988 à 1995, il est directeur de séminaire à l’Institut des Hautes Études à Paris. Le travail de Sarkis, de renommée internationale, a notamment été exposé au cours de ces dix dernières années au musée d’art contemporain de Lyon en 2003, au San Francisco Art Institute en 2006, au musée du Louvre et au musée Bourdelle à Paris, au musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg et au Bode-Museum à Berlin en 2007, ainsi qu’au Centre Pompidou, qui lui a dédié une vaste exposition personnelle en 2010. Il est représenté par la Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.

Dans son oeuvre, Sarkis ne cesse de dialoguer avec l'histoire, les artistes, les cultures et les oeuvres. Il met en scène des installations en travaillant la lumière, les sons, l’image et les matériaux afin de confronter la mémoire, le temps, l’espace, l’expérience subjective, et faire parler les objets. L’archéologie, l’ethnologie, la philosophie, la musicologie, le cinéma, nourrissent les recherches plastiques de l’artiste qui redonne à des trésors endormis une esthétique nouvelle et un souffle de vie libérateur. Installations vidéos, sonores, aquarelles, sculptures, photographies, films, vitraux et néons font partie du registre plastique de l’artiste, dans une multiplicité d’approches.

Situé au coeur de la ville de Montbéliard, le château des ducs de Wurtemberg se dresse sur un éperon rocheux dominant le confluent de la Lizaine et de l’Allan. Constitué de deux grosses tours rondes (1424 et 1590) et d’un corps principal reconstruit en 1751, le château est pendant quatre siècles, de 1397 à 1793, la résidence des ducs de Wurtemberg qui marquèrent le Pays de Montbéliard d’une indépendance d’esprit et d’une liberté qui se conforta au XVIème siècle avec la réforme luthérienne.

En 1960, le château devient un musée regroupant diverses et riches collections : archéologie, histoire naturelle et beaux-arts. Depuis 1970, le musée développe également une collection d’art contemporain. La collection des Musées de Montbéliard compte à ce jour 600.000 pièces.

Musée du château des ducs de Wurtemberg

Montbéliard 25200 France
Tél. +33 03 81992261
musees@montbeliard.com
www.montbeliard.fr

Heures d'ouverture

De 10h à 12h et de 14h à 18h
Fermé le mardi, et les 1er novembre, 25 décembre et 1er janvier