Art Mûr célèbre cette année ses 30 ans d’existence. Depuis janvier, nous redoublons d’effort pour que les projets d’expositions proposés se démarque de l’offre culturelle montréalaise, qui est, comme on le sait, exceptionnelle. Mais sans une exposition collective, ce ne serait pas pour nous une célébration réussie. Art Mûr s’est fait connaitre par ses expositions de groupe thématique commissariées : dans les derniers 30 ans, nous en avons présenté plus de 80. Le tout a débuté par Du côté de chez soi, commissarié par Roger Bellemarre, par la suite ce fut deux à trois expositions de groupe par année. Parmi les plus importantes, il y a définitivement nos expositions anniversaires tel Art fiction pour nos 10 ans, Mens-moi pour nos 15 ans, Grandeur nature pour nos 20 ans, Terra nova / Regard sur le présent et le futur pour nos 25 ans. Aujourd’hui c’est avec grand plaisir que nous poursuivons notre tradition avec Crescendo : orchestrer sa propre histoire (1996-2026), c’est avec le regard posé sur le passé et sur l’avenir que nous avons composé cette symphonie.
Notre objectif est non seulement de souligner notre histoire et comment nous l’avons bâtie, mais également celles des artistes participant·es, sans qui nous ne serions pas là aujourd’hui. Nous voulons souligner l’endurance et l’ambition que nous partageons tous·tes. Crescendo : orchestrer sa propre histoire (1996- 2026) sera composée de plus d’une trentaine d’artistes, dont Sonny Assu, Ingrid Bachman, Patrick Beaulieu, Judith Berry, Marc Antoine Côté, Nicholas Crombach, Robbie Cornelissen, Melvin Charney, Jean-Robert Drouillard, Eddy Firmin, David Garneau, Renato Garza Cervera, Karine Giboulo, Hédy Gobaa, Adam Gunn, Jessica Houston, Holly King, Guillaume Lachapelle, Laurent Lamarche, Éric Lamontagne, Cal Lane, Michael Patten, Karine Payette, Heather Shillinglaw, Oli Sorenson, Diana Thorneycroft, Claude Tousignant, Colleen Wolstenholme, et plusieurs autres.
Trente ans d'art et de culture
Ce projet nous permet de souligner le travail de quelques artistes qui marquent trente ans de collaboration, depuis nos premières années dans le quartier Saint-Henri jusqu’à aujourd’hui. L’œuvre Carry the torch de l’artiste néoécossais Adam Gunn nous présente une œuvre qui illustre la dignité dans l’obstination. Une sorte d’obstination héroïque ou d’instinct de survie, à la fois enfantine et admirable. C’est cet entêtement qui nous a permis de nous rendre où nous sommes aujourd’hui. Cette œuvre est une image de notre persévérance et de notre envie de forger notre propre chemin, d’orchestrer notre histoire.
Depuis une vingtaine d’années, l’artiste ontarienne Judith Berry nous accompagne dans nos ambitions et expositions. Côte à côte, nous avons grandi et expérimenté. L’œuvre Leak de Judith Berry transforme un paysage en un labyrinthe étrange, où se côtoient familiarité et désorientation. Cette « fuite » pourrait suggérer l’effacement des frontières entre nature et construction, entre intérieur et extérieur, ou entre réalité et imagination. Il est primordial pour nous de souligner nos années de collaboration avec Berry, nous ayant aidé grandement dans la construction de notre identité.
Michael Patten, artiste cri de la nation Zagime, est à nos côtés depuis presque vingt ans. Employé, commissaire, artiste et ami, il est un repère important et impératif pour nos artistes et collaborateur·rices, offrant un visage amical et familier. Son travail porte sur les identités et histoires autochtones liées au passé colonial. Sans titre présente une coiffe autochtone comme symbole de l’identité autochtone. Elle est couverte d’une épaisse couche de peinture blanche, assez pour créer une flaque – telle une marée « noire » – sur le sol. Patten remet ainsi en question les idées d’essentialisme tout en critiquant la manière dont les valeurs et les territoires autochtones ont été détournés pour finalement devenir des marchandises culturelles et économiques.
Hédy Gobaa utilise la peinture afin de mieux percevoir les événements du quotidien. Pour lui, la peinture lui permet d’accomplir un processus d’acclimatation, c’est-à-dire tenter de comprendre le néant. Sa plus récente œuvre, Du bonheur en barre fait partie de sa nouvelle série en cours qui utilise les codes de l’imagerie pop, infantilisante et kitsch de la société de consommation occidentale. Cette peinture se veut en tant que critique de la notion de « bonheur », soit l’outil médiatique de normalisation et de contrôle qui souhaite acheter la paix sociale et créer une obsolescence de position critique. La petite fille, en Némésis, déesse de la justice et de la vengeance, se trouve une licorne et elle rêve d’être capable de résoudre tous les problèmes du monde. Il ne s’agit ici que de quatre exemples parmi plusieurs qui nous permettront de souligner cet anniversaire. Il nous est impossible pour nous de remercier tous·tes nos collaborateur·rices, mais ceci se veut une lettre d’appréciation pour ceux et celles qui nous encouragent depuis le début.
















